Les élites françaises au secours des victimes médiatiques

Posted on 19 mai 2011

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Comment les médias étrangers voient l’affaire DSK ? Un excellent article du Courrier International résume assez bien l’opinion qui prévaut dans la presse anglo-saxonne. Chez cette dernière, on a plus que jamais établi une dichotomie entre victime et présumé innocent. La publication de photos  (toutes reprises par cette hypocrite même presse qui s’indigne) de DSK menotté, ce qui est légal outre Atlantique vaut bien celles des présumés innocents de l’affaire d’Outreau.  La classe politique française ne s’en préoccupait pas, à l’époque ! Deux poids deux mesures, comme toujours. Quant à la confiance exprimée dans notre système judiciaire, lisez-plutôt !

Le journaliste britannique Stephen Clarke dénonce la réaction de la classe dirigeante française à l’égard des frasques de Dominique Strauss-Kahn. A Paris, l’absolution serait déjà assurée à l’ancien patron du FMI.

Depuis que, le 14 mai, Dominique Strauss-Kahn a été arrêté à New York pour agression sexuelle, les politiques français ne cessent de se dire horrifiés par la « violence » du traitement infligé à l’accusé par la justice américaine. Ce doit être un choc pour eux : le spectacle d’une importante personnalité politique française traitée comme un criminel ordinaire […]

La France est persuadée qu’elle a fait la révolution, alors qu’elle s’est juste donnée une nouvelle élite, encore plus puissante. Ses membres se croient si indispensables à la bonne marche du pays qu’essayer de faire tomber l’un d’eux équivaut à menacer d’abattre un cheval de compétition parce qu’il a goûté à votre pelouse. Vous êtes censé vous taire, et le laisser brouter. C’est pourquoi la classe dirigeante française voit M. Strauss-Kahn en victime, plutôt que la femme de chambre traumatisée qui, selon la police, a été agressée.

A Paris, jamais une telle affaire n’aurait été portée à la connaissance du public. On aurait placidement demandé à la femme si elle pensait que cela valait la peine de risquer de perdre son travail et son permis de résidence. On lui aurait rappelé que ce serait sa parole contre celle de l’accusé et, franchement, qui pensait-elle que les gens croiraient ? Le personnage célèbre et brillant avec des amis haut placés, ou une moins que rien ?

[…]

De l’impunité sexuelle à l’impunité judiciaire, il n’y a également qu’un pas. En 2004, Alain Juppé, un ancien Premier ministre, a été reconnu coupable de corruption.[…] il est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, représentant de la France sur la scène mondiale. Jacques Chirac, impliqué dans le même scandale, il a bénéficié de l’immunité présidentielle jusqu’en 2007. Toutes les tentatives faites depuis pour l’amener devant la justice ont échoué, au point que l’affaire est aujourd’hui un inépuisable sujet de plaisanterie.

Le parallèle le plus éloquent avec l’affaire Strauss-Kahn est le cas Polanski. Malgré ses talents de cinéaste, il avait fui les Etats-Unis en 1978 pour se réfugier en France et échapper à une condamnation pour détournement de mineure (il avait eu des relations sexuelles avec une adolescente de 13 ans). Lorsqu’il a été arrêté en Suisse en 2009, à la demande des autorités américaines, tout l’establishment culturel français était monté au créneau pour prendre sa défense. […] Au vu de tout cela, je suis convaincu que même si Dominique Strauss-Kahn est reconnu coupable et va en prison, il rentrera un jour en France, publiera son autobiographie (ou sera portée à l’écran par Polanski) et finira par devenir ministre. Peut-être en charge de la condition féminine ?

Source AFFAIRE DSK • L’indulgence coupable des élites françaises | Courrier international.

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