Multaq® : le cadeau d’adieu de Bachelot à SANOFI

Posted on 19 novembre 2010

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Le Canard Enchaîné effectue un retour cette semaine sur le Multaq, « un médicament pour soigner Sanofi ». L’article rappelle que ce nouveau médicament contre l’arythmie cardiaque fait suite au Cordarone®,  tombé dans le domaine public…et qui ne rapport plus à Sanofi puisqu’elle se vend sous forme de générique.

Avis modéré

Or pour qu’un nouveau médicament puisse bénéficier de remboursements de la Sécu, il faut en démontrer l’efficacité (SMR:Service Médical Rendu) ainsi que la plus value apportée en termes d’ASMR (Amélioration du Service Médical Rendu). Le Multaq a été utilisé aux Etats-Unis depuis 2009 et les des tests indiquent qu’il est « moins efficace de 50% par rapport au générique déjà utilisé, l’amiodarone« . D’ailleurs, la commission de la Haute autorité de santé, chargée d’évaluer l’intérêt médical d’un traitement en France rendra un avis « modéré » en mars 2010.

L’arnaque à la Sécu : 83,39€ au lieu de 9,83€

Un peu de lobbying plus tard, la même Commission de Transparence qualifiera ce service médical rendu d »important«  bien qu’il n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu par rapport à l’amiodarone » ce qui permettra le remboursement du médoc à 65%. Un extrait du débat au Sénat permet d’en apprécier l’intérêt:

M. François Autain. Comme l’a prévu M. le rapporteur général, je suis amené à expliquer mon vote. (Sourires.)

Madame la ministre, vous faites preuve de mauvaise foi. Quand nous visons les médicaments prévus à l’article L. 5123-3 du code de la santé publique, il s’agit non pas des génériques, mais des nouveaux médicaments qui ont été soumis à l’appréciation de la Commission de la transparence. Et ces médicaments, lorsqu’ils obtiennent une ASMR V, ne peuvent être inscrits au tableau de remboursement que dans la mesure où ils permettent à la sécurité sociale de réaliser des économies.

Je reconnais que le directeur du CEPS est très fort. C’est la seule personne que je connaisse qui soit capable d’expliquer que le fait de mettre sur le marché de nouveaux médicaments ayant une visée thérapeutique similaire à des produits existants, mais plus chers, permet à la sécurité sociale de réaliser des économies ! (Sourires.).

Je suis probablement le seul à ne pas comprendre sa démonstration. Qu’il me soit donc permis de citer un exemple pour étayer ma position. Le Multaq est un défibrillateur auriculaire qui n’est pas plus efficace que la Cordarone, le générique actuellement sur le marché.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. C’est un antiarythmique.

M. François Autain. Tout à fait ! Le Multaq, pourtant classé en ASMR V, est remboursé à 65 %. Il a été mis sur le marché à un tarif qui entraîne pour le malade une dépense mensuelle de 40 euros supérieure à ce qu’elle serait s’il prenait de la Cordarone. Soutenir, comme le fait M. Renaudin, qu’un tel mécanisme permet à la sécurité sociale de réaliser des économies, voilà qui me laisse sceptique… Mais je ne doute pas que vous ayez compris sa démonstration, monsieur le rapporteur général ! J’ai cité le Multaq, qui est le dernier exemple en date, mais j’aurais aussi pu évoquer l’Inexium, le Lyrica… Ces médicaments sont très nombreux. Il s’agit d’une véritable arnaque, et je déplore que le Gouvernement en soit complice.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. Vos paroles dépassent votre pensée !

Exit la ministre VRP de l’industrie pharmaceutique qui restera célèbre pour la gabegie organisée lors de la Grande Peur H1N1 de 2009 et son soutien permanent à Pharmabusiness. . C’est alors que sort un rapport le 10 novembre, réalisé par une autorité de santé canadienne indépendante, l‘Institute for Safe Medicine Practices. Ce dernier émet des doutes sérieux sur l’aptitude du Multaq à l’usage généralisé et ajoute qu’on a rarement vu un médicament soulevant autant de questions  en matière de profil de risque.

Enfin…ce qui compte, comme dans le cas de Mediator, c’est le chiffre d’affaires, soit une prévision de 1,2 milliards d’euros annuels. Merci le contribuable ! Sur l’indépendance des différentes agences qui entrent dans le processus de mise sur le marché, on pourra se poser des questions:

En 2003, les ressources de l’AFSSAPS provenaient pour83% de l’industrie pharmaceutique et pour seulement 6,4% de l’Etat. Circonstance aggravante, l’agence européenne (EMEA) qui connaît la même dépendance financière est placée sous la Direction générale « entreprise » de la Commission européenne.Comment dans ces conditions ne pas redouter que les agences ne soient devenues au fil des années les instruments dociles de ceux qui fournissent la majorité de leurs subsides alors qu’elles n’ont pas pour seule vocation de rendre un service aux industriels (source SENAT)

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