États-Unis : la presse à billets s'emballe

Posted on 4 novembre 2010

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Cet article presslib est tiré du blog de Paul Jorion

Ce sont donc 880 milliards de dollars que les États-Unis répandront sur le monde dans les huit mois à venir : les 600 milliards annoncés hier lors d’une réunion de la Fed et les 35 milliards mensuels autorisés en août pour remplacer les instruments de dette adossés à des prêts hypothécaires de leur portefeuille qui viennent régulièrement à échéance.

Les États-Unis sont dans la mouise jusqu’au cou et se sont dit : « Pourquoi ne pas faire régler l’ardoise par les autres ? » Au sein du pays lui-même on parle plus pudiquement d’« efforts pour soutenir l’économie ». Et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas tirer sur la ficelle encore un coup ? Pourquoi ne pas tirer parti une fois encore du statut de nation émettrice de monnaie de référence, statut que les autres pays ont continué de lui reconnaître même après 1971, même après que la parité-or du dollar convenue à Bretton Woods en 1944 a été dénoncée par Nixon.

Près de quarante ans donc que le dollar continue sur sa lancée, sur la fiction que sa valeur repose sur quelque chose de solide comme du bon vieux métal jaune. Quarante ans dont la justification repose seulement sur le bon renom des États-Unis ou pour dire les choses plus crûment, sur la délégation qui leur a été faite d’être le gendarme du monde.

Seulement, pour que puisse se perpétuer la convention que l’économie des États-Unis constitue une bonne approximation de l’économie du monde en général, il faudrait que cela reste plus ou moins vrai. De même d’ailleurs pour la convention que l’Amérique est le gendarme du monde, gendarme que l’on aimerait – soit dit en passant – en possession de toutes ses facultés mentales.

Le monde décidera s’il veut ou non encore du dollar comme monnaie de réserves et de référence. Le petit garçon dans la foule qui dira que le roi est nu est désigné d’avance : il a pour nom la Chine. Le monde est suspendu à ses lèvres. Va-t-il ouvrir la bouche pour dire ce que tout le monde pense secrètement déjà : « Mais ce n’est plus que de la monnaie de singe ! » La réponse nous viendra peut-être dans une dizaine de jours à Séoul. Le G20 aurait servi pour une fois à quelque chose.

On saura de toute manière un jour ou l’autre si les États-Unis, avec leur nouvel assouplissement quantitatif, sont allés cette fois un pont trop loin. Il vaut mieux que le monde en tout cas soit prêt à cette éventualité.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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